Paru en novembre sur Sitaudis, cette remarquable analyse par Elena Manenti (université de Florence) de la traduction du Paradis de Dante par Emmanuel Tugny, publiée aux éditions Ardavena.  L’occasion de replonger dans l’oeuvre foisonnante d’Emmanuel Tugny, auteur de plusieurs ouvrages chez Ardavena, dont son récent Corbière le Crevant et l’essai Variétés sur l’oeuvre de vivre, lui aussi chroniqué récemment sur Sitaudis.

capture d'écran du site

Nous nous permettons d’en citer un extrait :

« Le travail d’Emmanuel Tugny constitue l’une des interprétations contemporaines les plus originales du Paradis. Tugny ne se limite pas à transposer les mots : il se présente comme un rhapsode moderne, mêlant poésie, musicalité et spiritualité dans une réécriture profondément novatrice. Né en 1968, figure polymorphe du paysage culturel français, écrivain, philosophe, poète, musicien, traducteur et artiste visuel, il est l’auteur de plus de soixante ouvrages et d’une vingtaine d’albums musicaux. Après avoir longtemps respecté la version de Jacqueline Risset, il entreprend presque par jeu, en 2022, la traduction du Paradis, qu’il achève en 2023 pour Ardavena Éditions.

Ce qui frappe dans sa traduction, c’est la densité et la précision du langage : chaque mot semble ciselé, une véritable orfèvrerie verbale. Le français devient métrique vivante, lumineuse comme le royaume de Dieu décrit par Dante, avec des choix lexicaux qui font de la parole un événement symbolique. Son style privilégie un lexique poétique, des inflexions archaïques, des images déployées et amplifiées pour introduire une profondeur psychologique. Tugny souligne d’ailleurs que traduire est un acte « impossible » : il se considère d’abord comme écrivain, et son objectif est de restituer les images en respectant le rythme et la musique, plus que la seule lisibilité. Sa prose, prosodique et paratactique, s’inscrit dans la tradition d’une Comédie récitée à haute voix, conférant au poème un ton à la fois théâtral et solennel. »